Je suis très heureux de vous informer d'un nouveau projet d'écriture.

 

Après la présentation dimanche 26 novembre, je vous partage ici la publication des premiers extraits de mon travail.

 

Il s’agit d’une publication en construction. 


Je suis convaincu de l'importance de créer de nos jours une réflexion originale, ouverte aux enjeux actuels. Je me sens en capacité d'apporter une lecture singulière, nourrie par mes expériences de danseur, chorégraphe et linguiste. Je compte sur la communauté du tango, et le milieu artistique et intellectuel pour faire rayonner ce projet.

 

Si le projet vous intéresse, si vous voulez le soutenir, si vous voulez contribuer à que ce projet prendre plus d’ampleur, … je vous invite à me contacter.

 


Merci beaucoup 

 

MATIAS TRIPODI


EXTRAITS

 

 La danse du tango, Une interprétation contemporaine. Premiers chapitres

© Matias Alberto Tripodi

 

Émilie Geyer (relectures et corrections)

Textes © Matías Alberto Tripodi / Tous les droits réservés

 

Impression  : Script Laser 18, rue de Berlin - 77144 - Montévrain - France

Dépôt légal novembre 2023

Imprimé en France

 

ISBN 978-2-9566556-1-9

 

 

Le code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou les reproductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de l’auteur ou de ses ayant cause, est illicite et constitue une contrefaçon sanctionné par les articles L. 335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. 

 

Remerciements : 

Emilie Geyer, Sarah Quilbé, Amparo Ibañez, Victoria Zorraquin, Caterina Zanfi, Romaine Bovier.

 

 

 

- PREMIERS CHAPITRES -

 

 

INTRODUCTION

 

Le tango se présente comme un ensemble de musiques, de paroles, de gestes, d’histoires… un corpus de mouvements et un dispositif des corps, un jeu des  combinaisons —un parmi d’autres— un espace ouvert/caché —un parmi d’autres— . Le tango est un univers poétique et concret, abstrait et analytique, matériel et intime. Un monstre, un territoire. Une forêt remplie de multitudes symboliques, de géographies, de coordonnées variables, peuplée par des éléments qui peuvent nous sembler à la fois inconnus et familiers. Une zone de multiplicités dans laquelle nous pouvons autant nous retrouver que nous perdre.

 

Le tango — ou peut-être notre expérience contemporaine du tango — peut être conçu comme une sorte de machine étrange. Un miroir ou un ensemble de miroirs. Il peut nous apparaître comme une version de l’Aleph de Borges, cet objet qui, caché dans le sous-sol d’un bâtiment à Buenos Aires, concentre l’univers entier. Il peut se montrer encore comme un sorte de rhizome, selon les mots de Deleuze et Guattari, qui “ne cesserait de connecter des chaînons sémiotiques, des organisations de pouvoir, des occurrences renvoyant aux arts, aux sciences, aux luttes sociales.” Des chaînons sémiotiques qui sont comme “un tubercule, agglomérant des actes très divers, mais aussi perceptifs, mimiques, gestuels, cogitatifs”. “Il n’y a pas des points ou des positions dans un rhizome, comme on en trouve dans une structure, un arbre, une racine. Il n’y a que des lignes”. 

 

Le tango peut nous amener vers des labyrinthes. Il peut être pensé comme un monstre aux multiples visages, une forêt. Un océan où l’on peut se noyer ou bien se battre sans violence, au milieu d’une intensité dans laquelle notre respiration, l’eau et la nuit se mêlent, donnant une sensation pleine et concrète mais jamais totale, jamais entière. Ainsi se présentent la danse, la constellation des rapports d’un bal tango, la multitude des sens tissés avec des sons et des mots. Tout cela ouvre un terrain d’interprétations qui peut devenir autant analytique que poétique.

 

Des pas de danse, des gestes minimes, des images, des musiques… Le tango réunit et met à disposition toute une série de formes expressives, là, disponibles, qui ne nous demandent rien. Ces formes sont toujours incomplètes. Elles impliquent la nécessité d’être reformulées à chaque reprise, la nécessité de les faire à-soi, de les contextualiser, de les enraciner provisoirement avec ce que chacun porte en lui de plus singulier. Les formes expressives du tango ne revendiquent pas l’identique. Si nous ne considérons pas cela, quelque chose du tango nous échappera. Comment faire un pas de tango sans faire des choix personnels ? Comment suivre une mélodie de tango sans la faire vibrer avec une sensibilité individuelle ? Comment prononcer un mot d’une chanson de tango sans l’investir intimement ? Les formes expressives du tango supposent toujours un acte de ré-appropriation, de re-formulation, de transformation, mis au premier plan. Dautres idées, des souvenirs, des désirs vont s’entremêler. Le tango évolue avec de nouveaux liens possibles.

 

Les mouvements de danse, les mots d’un tango et les mélodies se déposent en face de nous, ou autour de nous, comme des pièces à encastrer dans ce qui serait un exercice qui nous transforme (et qui les transforme en retour). Toute une ville, imaginaire ou rêvée, Buenos Aires, émerge comme le territoire supposé de ces formes expressives. Une ville qui se prolonge au-delà de ses frontières, dans des gestes, situations ou images. Une ville dans laquelle on peut se perdre, même si on se trouve à des kilomètres et à des années de distance. 

 

Des chaussures qui caressent le sol, des bras entrelacés, des tables et des chaises disposées, des mélodies imaginées dans les rues de Buenos Aires, reformulées, rejouées, revisitées à travers des générations, des mots… tout cela constitue le dispositif singulier du tango. Aucun de ces composants ne lui est propre. Mais leur agencement dans une configuration particulière nous permet de le reconnaître. Ce dispositif naît à la fin du XIXème siècle dans les alentours de Buenos Aires, grandit tout au long du XXème siècle, se reformule, se cache, se transforme, voyage, se renferme, annonce à maintes reprises sa disparition imminente. Mais il persiste, se remet à nouveau à brûler dans des lieux oubliés, et comme un magma secret, rêvé, au début du XXIème siècle, ré-émerge comme un objet étrange, énigmatique et intrigant. Alors on s’aperçoit que le tango peut nous permettre de penser des problématiques qui le dépassent. On se rend compte que toute une série de lectures et de questions actuelles peuvent résonner en lui. Nous pouvons donc essayer d’interpréter les réponses particulières qu’il nous apporte. C’est comme si dans les marges sombres de l’Occident, dans un XXème siècle tourmenté, l’univers éclectique du tango aurait été modelé en secret, aurait persisté avec ses questions pour finalement ressurgir avec une force renouvelée, différente. 

 

 

(...)

 

Des battements de bras. Encore des battements de bras. Les bras se lancent, projetés loin, en se mouillant avec des bruits jusqu'à disparaître dans une rumeur d’écume, finir par plonger pour ensuite resurgir, encore une fois, rejetés par une sorte d’aimant secret caché dans les profondeurs. Les bras jaillissent à nouveau, entourés par une explosion de gouttes et s’éloignant vers une direction incertaine pour se fondre dans un nouvel impact dans l’eau. En bas, les pieds remuent avec désespoir, agités. Bleue, dense, profonde, l’eau devrait se briser mais c’est un océan et c’est tellement énorme. Les battements de bras se répètent en produisant un rythme convulsif et monstrueux car il n’y a pas qu’un seul corps sinon deux. Un corps s’accroche à un autre corps, une main s’agrippe à une autre main, un bras enveloppe le cou de l’autre et l’autre se saisit du dos du premier. Comme un poisson qui s’emmêle à un autre poisson, la confusion se prolonge dans une série de tourbillons d’eau. Ils tournent pour ne pas se noyer, dans une position inconfortable, qui est, nonobstant, la seule possible pour répondre à la double nécessité de se sauver et de supporter l’immensité qui les entoure. Le jour, c’était un de ces jours extrêmement calmes, avec une lumière qui rebondissait sur l’eau, la transformant en une sorte de miroir plat et parfait, étrange. Alors que le soleil n’avait pas disparu à l’horizon, un mur de nuages s’interposait déjà, comme s’il voulait obscurcir le ciel en premier avant l’arrivée de la nuit. Mais aucune raison d’être inquiet. Les rafales de vent se sont levées vers trois heures du matin à peine. Réunis au bord, ils se sont tous regardés sans parler. Sans transition les vagues ont commencé à frapper le bateau. Trois coups ont suffi pour que le navire devienne vertical. Comme une énorme baleine qui se jette brusquement contre l’océan avec son dos, le bateau monte vers le ciel. Après quelques secondes d’un équilibre irréel, il se précipite contre l’eau et se brise dans l’impact, se transformant en une explosion merveilleuse de morceaux opaques. Alors, deux corps tombent proches l’un de l’autre. Ils arrivent à se distinguer, à quelques mètres de distance. Ils se rencontrent. Ils ne comprennent rien, l’un en face de l’autre. Ils ne comprennent rien. Et comme dans un acte instinctif et primitif, une main attrape une autre main, une autre main le cou, une autre le dos. Ils commencent à tourner pour ne pas se noyer. Ils tournent sans se lâcher. Les jambes se débattent dans une marche inutile. L’agitation, avec quelques pauses de temps en temps, dure douze minutes exactes. Trempés, quand la douzième minute s’achève, ils s’éloignent, en se regardant à peine. Il y a une rumeur, ils se voient s’éloigner encore, attirés par une autre force. Ils s’assoient et la piste de danse apparaît à nouveau, plate, carrée, là, sans traces.


Si le projet vous intéresse, si vous voulez le soutenir, si vous voulez contribuer à que ce projet prendre plus d’ampleur, … je vous invite à me contacter.